L’été à son mi-temps
L’été à son mi-temps
Un temps de plaisir : sortir des musiques parfois remisées dans des tiroirs. Un temps d'expérimentation : saisir l'opportunité du prêt d'un banjo laissé en gage d'amitié par Sandy, l'ami musicien reparti en Ecosse. Ecouter, jouer, chercher...
1914... la valse Les Nocturnes est chantée pour la première fois. C'est Paul Dalbret qui interprète la chanson écrite par Charles Cluny et Raoul Le Peltier, sur une musique de Gaston Gabaroche. Pas d'enregistrement de cette création, seul un petit format en transmet le souvenir. Le plus ancien enregistrement connu des Nocturnes est celui de Resca, en 1915. D'autres chanteurs, et non des moindres, chanteront et enregistreront ce titre, comme la grande Damia , ou les Frères Peguri, choisissant de chanter tout ou parties de la chanson...
Au fil des couplets défile le monde de la nuit d'une époque pas si belle, basculant bientôt dans la tragédie. Un univers qui effraie autant qu'il fascine, avec ses maisons closes ou ses bouges aux façades signalées d'une lampe rouge qui n'a rien à voir avec les feux tricolores. Gardien de la tranquillité du bourgeois, le policier veille, sur les apaches, les gigolettes, et autres pierreuses, sur le mouvement social. Des flics en pélerines présentés comme bien bonasses... Il faut dire que si la maréchaussée patrouille encore à pied, la Bande à Bonnot a déjà compris l'intérêt d'utiliser des voitures pour se déplacer rapidement et réaliser ses coups...
Non, les nuits du début 1914 ne sont pas si joyeuses... Le monde s'enfonce dans la guerre. Le dernier jour de juillet, Jean Jaurès, député et rédacteur en chef de l'Humanité, a été assassiné, le courant pacifiste européen perdant ainsi son plus important porte-parole. L'ordre de mobilisation, lancé en France le 2 août, est suivi le 3 par la déclaration de guerre de l'Allemagne. Les revanchards ne jurent que par l'urgence de laver l'affront de l'Alsace-Lorraine, tout cela ne devant constituer qu'une formalité.
La guerre prend fin quatre ans plus tard, avec neuf millions de morts militaires auxquels il faut ajouter les victimes civiles, et 21 millions de blessés et mutilés de guerre.
Parmi eux, Paul Dalbret, chanteur, parti au front à l'âge de 38 ans, gravement gazé en 1915, qui meurt, lâché par ses poumons détruits au gaz moutarde, en 1927.
A lire et à écouter :
Gaston Gabaroche. Du temps des cerises aux feuilles mortes.
Damia. Du temps des cerises aux feuilles mortes.
Madame Berthe Sylva.
Les Nocturnes (extrait). Dénécheau jâze musette. Vent d'automne. Frémeaux et associés (Paris Musette vol 3).
Du gris. Monique Morelli. 50 ans de chansons françaises. Chansons poétiques et réalistes. EPM, 2011.
A la Roquette. Aristide Bruant, 1910.
La complainte de Bonnot. Judith Magre. Boris Vian, 17 chansons possibles et impossibles. Because, 2006.
Jean Jaurès, pensée et postérité. France Culture, 2014.
A lire :
Les chiffonniers. Musée historique environnement urbain. (onglet «la visite», puis accès aux différentes pages sous les petites vignettes)
Sur les pas des chiffonniers de Nanterre (1850-1950). Mélanie Cornière, Gilles Fisseux. Société d'Histoire de Nanterre, 2012.
1884, l'arrêté municipal "Poubelle" et les chiffonniers.
A regarder
French Cancan (extrait). Jean Renoir, 1958.
Gaston Gabaroche dans le rôle du pianiste de French Cancan . Jean Renoir
Armand Fallières, caricatures. Archives départementales du Lot et Garonne.
Bonus :
Les Apaches. Spectacle de Macha Makeïff. Théâtre de la Criée, 2012.
La princesse et le croque notes. Georges Brassens.
Août 2014
Le long des sombres berges
Où de pâles falots
Semblent des cierges
Reflétés par les flots
Des ombres s'en vont, tête basse
Si lasses de souffrir
Que, vers l'eau profonde qui passe
Elles viennent en finir
Quand on est trop las de lutter
Un soir, on n'a qu'à sauter
Les Nocturnes (1914)
Paroles : Raoul Le Peltier, Charles Cluny
Musique : Gaston Gabaroche
à lire ici